Dans le cadre d’un voyage de travail Arno Lam se rend à Tokyo. Dès son arrivée, il se remémore des images du marché aux poissons et il s’y rend.
Cet immense hangar est éclairé au néon, il y règne une intense activité humaine. Mais lorsqu’il y pénètre, Arno Lam est saisi par la vision des centaines de thons alignés sur le sol, dans une raideur mortuaire. La brume qui monte lentement de la glace confère une atmosphère particulière à la scène. Il a subitement la sensation d’être dans un film .
Les limites entre la vie et la mort s’estompent et la beauté formelle des thons le touche profondément. Pour la montrer au plus proche de ce qu’il ressent, Arno fait disparaître le cadre, la foule des acheteurs, le violent éclairage au néon et le hangar même où se déroule le marché. Seule reste la tragédie silencieuse de la nature, dont l’homme est le plus terrible des prédateurs.
Le Japon exerce sur le photographe une fascination et lui procure aussi une forme d’inquiétude :
Il me semble que ces thons incarnent un certain esprit du pays qui cultive la plus grande modernité tout en conservant la rigueur de ses traditions. Je ne souhaite pas dénoncer avec force la pêche industrielle, mais il est vrai que face à la beauté glacée de ces grands poissons, ornés d’idéogrammes eux-mêmes très beaux, j’ai ressenti une forme d’excès. Je pense que la question posée par ce sujet l’est à tous, pas seulement aux Japonais.
Catherine Nizac